jeudi 14 octobre 2010

DSK sait la vérité. Dominique Strauss-Kahn peut corriger le système.



Quand DSK rendait hommage à Maurice Allais

Au mois de novembre 1988, après l'attribution du Prix Nobel d'économie à Maurice Allais, 

Dominique Strauss-Kahn prenait sa plume pour L'Expansion, et dressait un portrait de l'économiste, 

disparu ce samedi à l'âge de 99 ans.

L'Expansion.com - publié le 11/10/2010 à 10:21


Aussi rigoureux avec ses étudiants de doctorat qu'avec ses équations, il a formé, aidé de Jacqueline Allais, son épouse et sa collaboratrice, des générations d'économistes. Intransigeant, il admettait souvent la discussion, rarement la réplique, jamais le bavardage. Ses sujets d'examen comportaient chaque fois, ronéoté à l'encre rouge : "N'employez pas plus de mots qu'il n'est nécessaire pour exprimer plus de choses que vous n'en savez." Je ne connais nul pourfendeur plus actif des fausses valeurs, de ceux qui croient savoir parce qu'ils répètent la pensée des autres sans que l'on soit jamais sûr qu'ils l'aient comprise.

Monétariste classique et révolutionnaire tout à la fois

On aime bien ranger les économistes dans des cases censées représenter des écoles et des filiations; Allais se laisse mal réduire de la sorte. D'un côté, il est certainement un monétariste assez classique. Pour lui, l'inflation est le mal absolu, celui gui fausse tous les calculs et qui rend l'économie inefficace. Et Allais n'a pas de mots assez durs pour un système qui génère presque automatiquement de l'inflation parce que la création monétaire y est mal contrôlée.

Un de ses sujets traditionnels d'examen s'énonce ainsi : "Quelle différence y a-t-il entre les banques et les faux-monnayeurs ?" La réponse est qu'il v en a peu. Aujourd'hui, alors que chacun s'élève à la rois contre la non-rémunération des dépôts à vue par les banques, les taux d'intérêt trop élevés et les cartes de crédit qu'on veut faire payer plus cher, banquiers, clients et ministres pourraient utilement relire Allais. Que chaque service soit tarifé à son juste prix, que les banques ne prêtent que l'argent qui leur a été confié à cet effet, et nous éviterons l'emballement du crédit, qui est la cause de tous les déséquilibres, nous explique Allais.

D'un autre côté, bien que d'inspiration monétariste et classique, sa formulation "héréditaire, relativiste et logistique" de la théorie de la monnaie est révolutionnaire. Elle repose sur l'hypothèse d'une symétrie entre le taux d'intérêt (qui traduit l'escompte sur l'avenir) et le taux d'oubli (qui reflète la mémoire du passé). Rarement un modèle économique a réussi à représenter aussi fidèlement les séries statistiques du passé. Ses détracteurs en sont réduits à prétendre qu'il doit y avoir une circularité dans le raisonnement, une sorte de tautologie, pour qu'il arrive à si bien représenter la réalité ; mais personne n'a jamais trouvé de faille logique.

Et Allais tire un orgueil justifié de ses magnifiques corrélations ; c'est que, pour lui comme pour Henri Poincaré, qu'il aime à citer, "l'expérience est la seule source de vérité". Non content d'être un monétariste atypique, Allais, sur certains sujets, déroute ceux qui avaient de lui une vue trop simple.

Fervent défenseur de l'impôt sur le capital

Catalogué comme libéral, il est pourtant un ardent défenseur de l'impôt sur le capital. Socialiste et ignare, on comprendrait, mais libéral et Nobel ! Son raisonnement est imparable, il n'a qu'un défaut : il n'est pas assez connu. Pour Maurice Allais, l'impôt sur le capital viserait à réduire les inégalités injustifiées, mais, surtout, "un impôt sur le capital exercerait un effet dynamique extrêmement puissant sur l'efficacité générale de l'économie". Il concernerait tous les biens matériels et conduirait à une utilisation si rationnelle du capital qu'il permettrait de supprimer l'impôt sur le revenu. C'est un impôt hostile au capital dormant ou mal utilisé. Il tend à remettre le capital entre les mains de ceux qui se révèlent les plus aptes à le rentabiliser.

Cela reflète un des aspects les moins connus de l'oeuvre de Allais. Celui qui touche à la théorie des élites, qu'il reprend notamment de Vilfredo Pareto. Dès 1946 (Quelques réflexions sur l'inégalité, les classes et la promotion sociale), il se passionne pour cette question, à laquelle il apporte une réponse libérale et parfois angoissée (La société libérale en péril, 1969).

Telle est l'oeuvre, riche et diverse. Si riche que certaines de ses notes de bas de page suffiront à d'autres pour se faire un nom (1). Allais a formé des générations d'économistes, tous ne partagent pas sa doctrine, mais nous adhérons tous à la méthode rigoureuse qu'il nous a enseignée : n'accepter ni les vérités d'évidence ni les illusions dangereuses ; adopter une démarche scientifique, ce qui ne repose pas sur l'usage plus ou moins fréquent des mathématiques mais sur la recherche patiente de la vérité et sur le courage de confronter sans cesse l'observation, l'expérience et le raisonnement.

(1) C'est le cas du modèle de Baumol sur la gestion des encaisses monétaires, que l'on trouve décrit en quelques lignes dans "Economie et intérêt".

La monnaie

« La création de monnaie de rien actuelle par le système bancaire est identique … à la création de monnaie par des faux monnayeurs. ...»

Maurice Allais
Physicien et économiste
Prix Nobel d'économie en 1988
•      « La crise mondiale aujourd'hui »
(Ed. Clément Juglar 1999).

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